20, 21 & 22 janvier 2022 — Palais Beaumont

 

Les 20 & 21 janvier 2022 à 20h (rencontre avant concert à 19h)
Le 22 janvier 2022 à 11h & 18h (rencontre avant concert à 10h & 17h)

 

Orchestre de Pau Pays de Béarn

Fayçal Karoui, Direction

  • TROTIGNON : Anima [Commande d’Etat. Co-commande OPPB, Grand Théâtre de Tours, Orchestre Victor Hugo Franche Comté]
  • CHOSTAKOVITCH : Symphonie n°5

Trotignon – Anima

Anima … Notion de psychologie rendue célèbre par les travaux de Carl Gustav Jung. Le terme évoque la représentation féminine au sein de l’imaginaire de l’homme. Terme qui va m’inciter à aller fouiller dans mon propre imaginaire « masculin-féminin » plus que de coutume.

L’analyse du langage musical au fil des siècles a souvent disséqué l’aspect masculin ou féminin de tel ou tel compositeur ou de tel ou tel passage d’une œuvre ( Chopin , Beethoven , Mozart , Schubert , Ravel, Dutilleux … pour n’en citer que quelques-uns ), et cette dialectique m’amène à me poser mes propres questions identitaires quant aux parts masculines et féminines de mes possibilités créatrices, et à aller chercher comment les exprimer en terme d’écriture, la musique instrumentale ayant ceci de très excitant à mon sens qu’elle permet une grande liberté d’interprétation du « fond » exprimé au-delà de la « forme » .

Comme mes autres pièces passées, cette future pièce ne sera pas une œuvre de « jazz symphonique ». J’ai toujours été assez double dans mes inspirations avec d’un côté un amour de la tradition afro-américaine que j’utilise et pratique dans le jazz et l’improvisation, de l’autre côté une identité profondément européenne dans ma culture génétique et esthétique que j’applique à mon travail de compositeur.

Par contre Anima sera composée de couleurs harmoniques communes aux deux univers, car c’est là plus que dans la mélodie et le rythme que les deux mondes peuvent parler le même langage. Par ailleurs mon parcours de jazzman – et donc rythmicien – m’a souvent amené à écrire une musique très volubile rythmiquement, en perpétuel mouvement et c’est tout à fait dans cet esprit que je souhaite écrire Anima, jouer sur tension et détente comme les deux versants d’une même pièce.

La démarche artistique est donc à la fois double dans son intitulé, mais aussi dans sa volonté de briser quelques frontières entre musique dite « savante » et musique dite « populaire », ayant toujours été fasciné par les musiques qui arrivent à réunir à la fois une réelle sophistication du langage musical ET une lisibilité et clarté mélodique et/ou rythmique suffisante pour parler à un auditeur qui n’aurait peut-être pas toutes les clés nécessaires à la compréhension du langage.

La notion de plaisir et de jouissance ( celui qui crée ET celui qui reçoit la création ) a toujours été vital dans mon travail de compositeur.                                                               

Baptiste Trotignon

Chostakovitch – Symphonie no.5

Toute sa vie, Chostakovitch a dû faire avec un système totalitaire pour lequel une renommée internationale était le signe d’une trahison de l’idéologie officielle. Ainsi, en 1936, Joseph Staline a désapprouvé l’opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk, ce qui a entraîné l’interdiction de la musique de Chostakovitch sur toutes les scènes de l’Union Soviétique. Le compositeur, à la recherche d’une œuvre qui plairait aux autorités, sans se plier entièrement à leur volonté, entame sa cinquième symphonie, composée à l’occasion du 20e anniversaire de la Révolution de 1917.

Chostakovitch passe le printemps 1937 à Gaspra en Crimée, dans une maison de repos pour savants et artistes. Lorsqu’on lui demande de se mettre au piano, il refuse. Néanmoins, un des hôtes remarque que tôt le matin, pendant que les autres dorment encore, le compositeur « entre prudemment dans la salle sur la pointe des pieds, ouvre le piano et se met à jouer et à noter quelque chose sur du papier à musique ».

Chostakovitch a terminé les trois premiers mouvements lorsqu’il rentre à Moscou en juin ; il achève son travail en écrivant le final.

Chostakovitch déclare que sa symphonie est une « réponse pratique d’un artiste soviétique à de justes critiques :  Je ne peux pas penser à mes futurs progrès en dehors de la structure socialiste, et l’objectif que je me suis fixé pour mon travail est de contribuer en tout point à la croissance de notre remarquable pays ». Il ajoute qu’il n’était pas content de sa Quatrième Symphonie et tient à être compris du plus grand nombre : « Tout n’a pas été d’égale valeur dans mes œuvres précédentes. Il y a eu des échecs. Dans ma Cinquième Symphonie, je me suis efforcé à ce que l’auditeur soviétique ressente dans ma musique un effort en direction de l’intelligibilité et de la simplicité ». Ces propos donnent lieu à des interprétations diverses : les unes selon lesquelles ils proviennent de biographes commandités ; les autres considérant que la réalité tient plus de ces propos : « La plupart de mes symphonies sont des monuments funéraires. Trop de gens, chez nous, ont péri on ne sait où. Et nul ne sait où ils sont enterrés. Même leurs proches ne le savent pas. Où peut-on leur ériger un monument ? Seule la musique peut le faire. Je leur dédie donc toute ma musique ». Dans tous les cas, cet acte de contrition permet à sa musique de revenir sur scène.

La composition sert d’outil de propagande à l’intention du public soviétique, puis international. La première de la symphonie a lieu à la Philharmonie de Leningrad le 21 novembre 1937 par l’Orchestre philharmonique de Leningrad dirigé par Evgeni Mravinski. Elle bouleverse l’assistance à tel point que beaucoup ont pleuré, réaction inhabituelle à une œuvre nouvelle.

Un auditeur se souvient : « Pendant le finale, beaucoup d’auditeurs se mirent à se lever involontairement l’un après l’autre ».

Si le finale suscite encore des débats passionnés, la critique soviétique est unanime : « La pression émotionnelle est au maximum : encore un pas et tout explosera dans un hurlement physiologique ». « Le pathos de la souffrance est par endroits poussé jusqu’au cri naturaliste et au hurlement. Dans certains épisodes, la musique est capable de provoquer presque une douleur physique ».

Malgré les déclarations du compositeur, l’œuvre « est loin d’être repentante. C’est un cri de rébellion, avec des premières mesures empreintes de colère et une conclusion à peine plus optimiste ». En outre, Chostakovitch applique les formes, motifs et structures du style occidental d’une façon plus appuyée que dans ses œuvres antérieures.

Pour André Lischke, c’est « une œuvre autobiographique que traverse le drame vécu et surmonté par le compositeur, et qui se conclut par le cri final de victoire ou de défi. En pleine période des purges staliniennes, quand l’angoisse collective était à son apogée, la tension émotionnelle de la symphonie fut perçue par l’auditoire avec une acuité exceptionnelle. »

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Symphonie no 5 de Chostakovitch de Wikipédia en français

Share This