5 avril 2020 à 15h30 – Théâtre Saint-Louis
Café-concert à 14h30

 

Quatuor Artémis

Quatuor à cordes

  • Haydn : Quatuor Op. 20 n°2 Hob III: 32
  • Wildmann : Quatuor à Cordes n°7 (Studie über Beethoven II)
  • Beethoven : Quatuor n°9 C-Dur (ut majeur)
    Op. 59 n°3 “Razumovsky”

Vineta Sareika, violon
Suyoen Kim,
violon
Gregor Sigl,
alto
Harriet Krijgh,
violoncelle

 

Jubilé et nouveau départ coïncident. Plutôt que de se retourner avec satisfaction sur le chemin parcouru, c’est l’audace d’un nouvel élan qui est désormais de mise. Trente ans après sa fondation en 1989, l’année de la chute du Mur de Berlin, le Quatuor Artemis s’est nettement rajeuni en accueillant deux nouveaux membres. Ces dernières années, l’ensemble a géré souverainement plusieurs modifications dans sa composition.

Mais aujourd’hui c’est un changement fondamental qui l’attend : avec le début de la saison 2019/20, Suyoen Kim, la violoniste née à Münster (Westphalie) qui est engagée dans l’orchestre du Konzerthaus de Berlin comme premier violon, va alterner avec Vineta Sareika en position de premier et deuxième violon, à la place d’Anthea Kreston qui a quitté le quatuor. Harriet Krijgh, la violoncelliste hollandaise au remarquable profil de soliste, reprendra la place d’Eckart Runge, le fondateur de la formation.

C’est un passage de témoin très rapide qui, en outre, va se faire sous les projecteurs d’un public plein d’attentes. Deux soirées au Concertgebouw d’Amsterdam figurent déjà au programme de la tournée du quatuor en septembre 2019. Le quatuor sous sa nouvelle forme poursuivra au cours de la saison 2019/2020 ses célèbres cycles dans la Kammermusiksaal de la Philharmonie de Berlin et dans la salle Mozart du Konzerthaus de Vienne avec chaque fois trois programmes ; il continuera également à être présent dans les festivals importants d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie.

Le défi est immense : l’ensemble doit se redéfinir tout en conservant son caractère et son identité. Aucun des musiciens issus de l’ensemble original, qui s’étaient rencontrés à la Musikhochschule de Lübeck pendant leurs études, n’est plus en activité depuis le départ d’Eckart Runge. Pourtant, la continuité des générations est garantie : l’altiste Gregor Sigl fait partie du quatuor depuis 2007 et Vineta Sareika est arrivée en 2012 comme premier violon.

L’idée courante selon laquelle le style d’interprétation d’un quatuor à cordes est déterminé et incarné par une personnalité dirigeante – souvent le premier violon –, apparaît dans le cas du Quatuor Artemis comme complètement dépassée. Mieux encore : la qualité exceptionnelle de la formation, qui très tôt a été distinguée par des prix internationaux importants et qui a été rapidement perçue, y compris grâce à de nombreux enregistrements remarqués, comme un ensemble de musique de chambre déterminant, est due à un travail collectif continu.

Gregor Sigl, désormais doyen de la formation, en est fermement convaincu. Selon lui, l’image artistique d’ensemble a toujours été déterminée par les traits de caractère de chacun des interprètes. Mais par ailleurs, une sorte d’ADN du quatuor s’est formée au fil des années qui a rendu l’organisme commun toujours plus complexe et en même temps plus élastique. « Chaque membre du quatuor l’a enrichi et nourri pendant des années, chaque musicien, chaque musicienne lui a beaucoup apporté. Toutes et tous ont contribué à un savoir fait de règles intériorisées et de connaissances objectives, à la constitution d’un trésor qui est non seulement conservé avec soin, mais aussi transmis très consciemment. »

Depuis longtemps, le Quatuor limite son répertoire à trois programmes par saison, certaines oeuvres pouvant être reprises au cours de la saison suivante. Chaque programme est travaillé intensivement pendant plusieurs semaines puis interprété plusieurs fois en série dans le monde entier, si bien que les interprétations peuvent s’affiner et s’épurer toujours plus. Les quatre musiciens adoptent dans leur travail une attitude résolument perfectionniste qui exige une exacte planification du temps et une autodiscipline extrême. Pour autant, à l’intérieur de ce cadre très strict un haut degré de flexibilité reste possible : « La spontanéité apparaît là où l’on sait exactement ce que l’on fait. Seule une sûreté parfaite permet à la liberté de s’exercer », explique, d’expérience, Gregor Sigl. Les musiciens du Quatuor Artemis ont toujours documenté en détail les résultats de leur travail commun de répétition de sorte que chaque oeuvre peut être reprise au même niveau que celui qui avait été atteint jusque-là dans l’élaboration artistique. C’est la raison pour laquelle le Quatuor présente probablement une plus grande richesse d’idées et d’expériences qu’une formation qui reste toujours composée des quatre mêmes musiciens, estime Sigl.

Pour autant, les fondements musicaux et éthiques du Quatuor Artemis n’en restent pas moins stables. En fait partie, outre le niveau instrumental très élevé, la « recherche sans compromis de la vérité », dit Sigl en résumé. Une « curiosité » et une « ouverture » extrêmement développées dans l’échange mutuel ainsi que la mise en sourdine de l’ego de chacun constituent pour les musiciens du Quatuor Artemis la condition nécessaire à cette « interaction de tous les partenaires dans une pluralité pugnace » qui, comme le philosophe Wolfgang Welsch l’a un jour définie, représente la principale caractéristique sociale de l’art du quatuor. La tension permanente que requiert l’engagement artistique inconditionnel à laquelle s’ajoute l’immense concentration au moment où se forme la chorégraphie commune, crée ainsi les conditions nécessaires à la stabilité de l’ensemble, sur la scène et en dehors. L’histoire, vieille de trente ans, du Quatuor Artemis ne serait pas imaginable sans cette stabilité. « Le plus difficile, finalement, c’est de rester ensemble », constate Sigl.

La nouvelle constellation semble réunir toutes les conditions requises pour le succès: très tôt dans la phase de sélection des candidatures aux postes devenus vacants, Vineta Sareika et Gregor Sigl avaient pensé aux deux nouveaux collègues, mais ils avaient hésité à les contacter parce que tous deux précisément rencontraient un succès exceptionnel dans leur carrière. Autant Suyoen Kim qu’Harriet Krijgh « jouent de manière sensationnelle », s’enthousiasme l’altiste, elles font preuve d’une « curiosité immense » et « veulent absolument jouer en quatuor ». Pour les deux musiciennes, c’est un vieux rêve professionnel qui se réalise.

Dès 2020 s’ouvre, avec le jubilé de la naissance de Beethoven, une phase dans laquelle les quatuors à cordes internationaux de premier plan devraient être au centre de l’attention. Le Quatuor Artemis célèbre le 250e anniversaire de Beethoven avec trois programmes : à chaque fois, un grand quatuor de Beethoven (op. 59/3, 130/133, 132) sera associé à des oeuvres nouvelles de Pēteris Vasks, Lera Auerbach et Jörg Widmann commandées par l’ensemble. Pour un de ces programmes, qui présentera la version pour quintette à cordes de la « Sonate à Kreutzer » de Beethoven, Eckart Runge se joindra à l’ensemble au titre de deuxième violoncelliste.

 

Share This